28/07/2008

Ps.102 La substitution


 

Psaume 102 - Le sacrifice de substitution
 
Prière de l'affligé, quand il est accablé
et répand sa plainte devant l'Éternel.

Quoique nous puissions discerner au premier abord la souffrance d’un Israélite dans la détresse, le Psalmiste voit cependant beaucoup plus loin. Lorsque nous lirons le verset 24 – "Mon Dieu, ne m'enlève pas à la moitié de mes jours !" – nous penserons naturellement à cette parole du Psaume 22, le Psaume de la croix : "Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'as-tu abandonné…" Il s’agit d’une détresse sans pareille, d'une souffrance absolue… qui trouve son apaisement dans la vision du rétablissement de Sion, l’accomplissement des promesses dont Israël est le dépositaire et le messager, et dont bénéficiera le monde entier.

 
Les douleurs de l'Affligé

C’est un cri pressant qu'élève Celui qui ressent les douleurs de l’abandon, entouré d’ennemis, et sans réponse à sa supplication…

1 Éternel, entends ma prière, et que mon cri vienne jusqu'à toi !
2 Ne me cache pas ta face ; au jour de ma détresse, incline vers moi ton oreille ; au jour que je crie, hâte-toi, réponds-moi.

Une souffrance intense, absolue, endurée dans la solitude. Non pas que l'Affligé manque de confiance, mais ce temps est marqué par un abandon profondément ressenti, une souffrance morale d'une intensité absolue, et une douleur de l'être tout entier, étreint comme si la vie s'éteignait.

3 Car mes jours s'évanouissent comme la fumée, et mes os sont brûlés comme un foyer.
4 Mon cœur est frappé, et est desséché comme l'herbe ; car j'ai oublié de manger mon pain.
5 À cause de la voix de mon gémissement, mes os s'attachent à ma chair.

Et alors, la solitude pèse d’un poids infini : "pélican du désert, hibou des lieux désolés, passereau solitaire..." Il est ce que représente le "bouc émissaire" envoyé seul en un lieu désert, portant symboliquement les péchés d'Israël (Lévitique 16:10). Il ressent comme un feu brûlant cette solitude, ces "ténèbres" dans lesquels il est plongé (Matthieu 27:45).

6 Je suis devenu semblable au pélican du désert ; je suis comme le hibou des lieux désolés.
7 Je veille, et je suis comme un passereau solitaire sur un toit.
8 Tout le jour mes ennemis m'outragent ; ceux qui sont furieux contre moi jurent par moi.
9 Car j'ai mangé la cendre comme du pain, et j'ai mêlé de pleurs mon breuvage,
10 À cause de ton indignation et de ta colère ; car tu m'as élevé haut, et tu m'as jeté en bas.

La souffrance est absolue tandis que l'Affligé ressent au plus profond de lui-même la douleur d'être "jeté en bas" par Dieu lui-même... Et cela dans la présence d'ennemis qui l'abreuvent d'outrages ! Comment ne pas penser à la croix du Calvaire, à la malédiction de la Croix ? Les "outrages" (Matthieu 27:39-44), "l'abandon" (27:45-46), et même "la malédiction" ainsi qu'il est écrit :  "Maudit est quiconque est pendu au bois" (Galates 3:13, Deutéronome 21:23).

 
Le fruit du sacrifice

Vers qui peut-il se tourner, lorsque la pression est absolue, la douleur infinie ? Ici, le Psalmiste nous surprend lorsqu'il nous introduit dans ce qui est la confiance de l'Affligé, la grande cause qui le soutient dans sa souffrance absolue. L'Affligé a, devant lui, le résultat de son sacrifice, comme il est écrit : "S'il livre son âme en sacrifice pour le péché, il verra une semence ; il prolongera ses jours, et le plaisir de l'Éternel prospérera en sa main. Il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait" (Ésaïe 53:10-11). Le fruit de son travail est devant lui, comme nous lisons encore : "Jésus... lequel, à cause de la joie qui était devant lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte..." (Hébreux 12:2).

11 Mes jours sont comme l'ombre qui s'allonge, et je deviens sec comme l'herbe ;
12 Mais toi, Éternel ! tu demeures à toujours, et ta mémoire est de génération en génération.
13 Tu te lèveras, tu auras compassion de Sion ; car c'est le temps d'user de grâce envers elle, car le temps assigné est venu.

Le sacrifice étant accompli (Jean 19:30) la grâce peut se déployer "car c'est le temps d'user de grâce" est-il écrit (vers.13). Et le regard de l'Affligé se tourne vers les "serviteurs" attachés aux promesses faites à Israël, pleurant sur la ruine présente, la poussière de Sion...

14 Car tes serviteurs prennent plaisir à ses pierres, et ont compassion de sa poussière.
15 Alors les nations craindront le nom de l'Éternel, et tous les rois de la terre, ta gloire.

A l'évocation de ces serviteurs qui ont à cœur les murailles dévastées de Sion, nous pouvons penser aux réchappés de Babylone, ceux qui ont reçu les appels prophétiques à la fin de l'exil, et entre les mains desquels ont été confiés les objets sacrés du Temple, entreposés à Babylone par le roi Nabuchodonosor (Ésaïe 52:11, Esdras 1:7). Ils allaient rebâtir le Temple, mais leur pensée allait au-delà de leur propre travail, pour considérer les perspectives messianiques, les précieuses promesses auxquelles ils étaient attachés. Ils étaient remplis des paroles touchant les souffrances que devrait endurer leur Messie... Ne venaient-ils pas de recevoir ces paroles de la fin du Livre d'Ésaïe ? (Ésaïe 40-66). Et n'avaient-ils pas cette conviction des souffrances que devrait endurer le Messie ? "Il a été blessé pour nos transgressions, il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur lui, et par ses meurtrissures nous sommes guéris" (Ésaïe 52:13-53:12). Et ils seront confirmés dans cette pensée par les paroles de Zacharie qui prophétisa à Jérusalem au milieu d'eux (Zacharie 12 et 13).

 
La rédemption

Reprenant le cours des paroles de ce Psaume. Nous lisions au verset 13 : "Tu auras compassion de Sion". Par ces mots l'Affligé tourne son regard vers le rétablissement de toutes choses (Actes 3:21), lorsque le Seigneur Dieu rebâtira Sion (Psaume 127), quand viendra l'avènement de la paix pour la terre entière ! (Ésaïe 2:1-4).

16 Quand l'Éternel bâtira Sion, il paraîtra dans sa gloire.

Ainsi parlait le prophète : "C'est pourquoi je lui assignerai une part avec les grands, et il partagera le butin avec les forts, parce qu'il aura livré son âme à la mort, et qu'il aura été compté parmi les transgresseurs, et qu'il a porté le péché de plusieurs, et qu'il a intercédé pour les transgresseurs" (Ésaïe 53:12).

17 Il aura égard à la prière du désolé, et il ne méprisera pas leur prière.

Celui qui aura connu toute souffrance est le prochain bienveillant de tous les désolés de la terre, "Car, en ce qu'il a souffert lui-même, étant tenté, il est à même de secourir ceux qui sont tentés" (Hébreux 2:18).
 
Les Israélites chantant ces paroles évoquaient ainsi la naissance d'un peuple, en disant "le peuple qui sera créé". Et aujourd'hui, nous parlons d'une nouvelle création (2 Corinthiens 5:17, Galates 6:15). Nous ne devons pas être étonnés lorsque Jésus dit à Nicodème, parlant de la "nouvelle naissance" : "Ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit : Il vous faut être nés de nouveau" et d'ajouter "Tu es docteur d'Israël, et tu ne connais pas ces choses ?" (Jean 3:7,10). Ceci était au cœur des réchappés de Babylone. N'avaient-ils pas retenu les paroles prononcées par Ézéchiel, à Babylone même, touchant la résurrection nationale de tout Israël ? (Ézéchiel 37:1-14, Romains 11:26). C'est là le fruit de l'œuvre de la croix : "Ils viendront et raconteront sa justice à un peuple qui naîtra,... qu'il a fait ces choses" (Psaume 22:31).

18 Cela sera écrit pour la génération à venir ; et le peuple qui sera créé louera Jah ;
19 Car il a regardé des lieux hauts de sa sainteté ; des cieux l'Éternel a considéré la terre,
20 Pour entendre le gémissement du prisonnier, et pour délier ceux qui étaient voués à la mort ;
21 Afin qu'on annonce dans Sion le nom de l'Éternel, et sa louange dans Jérusalem,
22 Quand les peuples seront rassemblés, et les royaumes, pour servir l'Éternel.

Le Psalmiste est comme ces sentinelles qui attendent l’aurore, qui attendent la délivrance, mais déjà se réjouissent dans sa venue. "La voix de tes sentinelles ! - elles élèvent la voix, elles exultent ensemble avec chant de triomphe ; car elles verront face à face, quand l'Éternel restaurera Sion" (Ésaïe 52:8).

 
Épilogue

Arrivant aux dernières lignes de sa composition, le Psalmiste revient aux souffrances de l'Affligé pour évoquer le plan divin : la création du monde, lieu de mise à l'épreuve de l'homme, lieu d'apprentissage de la foi. Et le jugement qui doit s'abattre sur la terre, car "la création a été assujettie à la vanité" (Romains 8:20), elle est devenue désolation et vide" (Genèse 1:1-2). Cette terre est promise à la destruction... (2 Pierre 3:7-10).

23 Il a abattu ma force dans le chemin, il a abrégé mes jours.
24 J'ai dit : Mon Dieu, ne m'enlève pas à la moitié de mes jours !... Tes années sont de génération en génération !
25 Tu as jadis fondé la terre, et les cieux sont l'ouvrage de tes mains ;
26 Eux, ils périront, mais toi, tu subsisteras ; et ils vieilliront tous comme un vêtement ; tu les changeras comme un habit, et ils seront changés ;
27 Mais toi, tu es le Même, et tes années ne finiront pas.
28 Les fils de tes serviteurs demeureront, et leur semence sera établie devant toi.

Dieu, le Dieu d'éternité, est alors célébré. Il est "Le Même" (Deutéronome 32:39, Ésaïe 43:10). Et il introduira dans son repos "les fils des serviteurs". Ils entrent dans "le repos de Dieu", ayant été illuminés par la Lumière qui vient d'En-Haut. (Genèse 1:3-5, 2:1-3, Hébreux 4:10-11). Le Psalmiste s’élève ainsi jusqu’à Dieu, proclame sa gloire et affirme la bénédiction à venir, car il sait que Dieu est fidèle à ses promesses.
 
Dans la composition de ce recueil de cantiques, on ne s'étonnera pas, au vu d'une telle élévation de pensées, de voir suivre quatre cantiques de louange qui clôtureront ce Quatrième Livre des Psaumes.

 

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Cette lecture est extraite du site : "Que dit l"Evangile ?" Des pages de la Loi, des Psaumes et des Prophètes. Des lectures de l'ensemble du Nouveau Testament.
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06:00 Écrit par Eric dans L4b Psaumes 93 à 102 | Commentaires (0)

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